Ma première tentative de partir aux États-Unis s'est soldée par un échec. L'agence auprès de laquelle mon amie et moi avions déposé nos documents, et à laquelle nous avions honnêtement payé la première ainsi que la deuxième tranche du programme, a soudainement fermé ses portes. Ceux qui sont passés par la collecte de tous les papiers pour un départ aux États-Unis et qui ont réussi à trouver le précieux Job Offer savent ce que cela coûte et comprendront certainement la tempête d'émotions que nous avons vécue au moment où nous avons appris que tous nos efforts et nos espoirs étaient tombés à l'eau. Dire que j'étais déçue est un euphémisme. Je m'en souviens comme si c'était aujourd'hui : j'ai reniflé, je me suis assise sur le canapé et j'ai commencé à me creuser la tête pour savoir comment « annoncer la nouvelle » à papa, qui était le principal sponsor de mon voyage avorté. L'espoir que l'on nous rembourse les frais du programme brillait encore au fond de mon âme, alors, avec autant d'assurance que possible, je lui ai expliqué : « Papa, ils vont tout nous rendre, jusqu'au dernier centime, promis, ils l'ont promis, alors pourquoi douter ? Il suffit d'attendre, il suffit d'attendre ! Et s'ils ne remboursent pas, j'irai travailler quelque part cet été dans ma ville natale de Vitebsk, tant pis ». Papa a écouté tout mon discours soigneusement préparé et m'a répondu qu'il ne croyait pas à ces choses-là, me conseillant de me préparer à un été biélorusse à la datcha : un lac au lieu de l'océan, des draniki au lieu de burgers, organic strawberries, blueberries, eggs (quoi que tu prennes, tout est organic : grand-mère est une garantie de qualité), des soirées familiales tranquilles au lieu de fêtes américaines bruyantes, des balades à vélo dans les environs au lieu de week-ends à Washington ou dans la confortable Philadelphie – était-ce cela dont je rêvais depuis si longtemps, était-ce pour cela que je m'étais préparée toute l'année ? Mais, comme on dit, things happen. On n'y peut rien.
Photos des archives de cet été à la « datcha » (juin-juillet 2014, argentique et numérique)
« Papy, on se fait un selfie ! » - « Quoi, quoi ? » - « Souris, allez ! »
To cut a long story short, mes espoirs de récupérer les plus de 1000 $ durement gagnés par papa n'étaient pas destinés à se réaliser. La théorie selon laquelle les aînés ont toujours raison s'est avérée vraie une fois de plus : nous n'avons récupéré ni la première ni la deuxième tranche du programme. Je l'ai accepté comme un fait qu'il fallait évacuer de ma tête le plus vite possible : on a été tristes, puis on a oublié, tant pis. Comme disait Tourgueniev ? « Nous allons encore nous battre, bon sang ! » Oui !