Chapitre dix : la fin approche...
À la mi-août, Sasha et Maxim ont été contraints de partir, car ils avaient une situation compliquée avec leurs études, et environ deux semaines plus tard, Lida est partie aussi. Nous sommes restés à trois et avons immédiatement ressenti une dose de solitude. Bien que nous ne les voyions pas souvent, nous avions pris l'habitude de les considérer comme nos proches, des amis chez qui on pouvait passer à tout moment ou qui pouvaient débarquer à l'improviste. Ils faisaient pour nous partie de quelque chose de grand que l'on peut appeler « maison ». Bien sûr, après leur départ, nous ne nous sommes pas sentis moins à l'aise dans cette ville et dans ce pays, mais lorsque nous passions devant leur maison en allant au Walmart, jusqu'au tout dernier jour, nous nous taquinions avec une certaine amertume : « Alors, on passe voir Phil ? Ah non, les Vegas sont sûrement au travail... »
Le départ des autres avait aussi un autre aspect : nous avons compris que bientôt ce serait notre tour. Peut-être est-ce mieux ainsi, nous avons commencé à nous préparer moralement à l'avance. Et puis Saschka, je ne sais pourquoi, a réussi à prendre des billets pour début septembre, elle avait peur de prendre du retard dans ses études. En général, cela devenait très triste. De plus, la saison touristique commençait à décliner et le monde dans notre Root Beer diminuait de jour en jour. Et puis est arrivé le jour où Caressa et Lorna, comme pour s'excuser, nous ont dit que désormais nous devrions travailler séparément, c'est-à-dire un jour moi, un jour Kirya. Bien sûr, nos revenus ont été divisés par deux. Le 7 septembre, nous avons dit au revoir à Saschka. J'étais très inquiète. Elle est de nouveau seule. Et à NY, elle devra se débrouiller pendant deux jours... La grand-mère pleurait ouvertement près du bus et répétait sans cesse « Oh my little girl... ». Elle nous avait beaucoup aimés, et Saschka en particulier, car même ses propres petits-enfants, qui vivaient près d'elle, ne s'occupaient pas d'elle et ne passaient pas autant de temps avec elle qu'une jeune fille russe, qui ne demandait rien en retour, à qui il suffisait de faire le bien pour être heureuse.
Nous sommes restés à deux. C'est devenu très triste et chaque jour, nous essayions de nous remplir d'impressions comme un chercheur de trésors remplit ses poches d'or dans un donjon qui est sur le point de s'effondrer. Nous allions dans différents endroits, nous passions nos journées à vélo, nous sommes allés sur la jetée. Ce jour-là, même le temps était triste et se préparait à quelque chose. Nous ne comprenions pas que cette nature paradisiaque se préparait à l'hiver. Il a commencé à faire sensiblement plus froid, le soleil se faisait plus rare, un vent froid est arrivé de quelque part... Sur la jetée, nous sommes restés assis longtemps, regardant tantôt à travers le télescope la ligne côtière infinie, tantôt l'horizon, et nous réfléchissions. Nous avons gravé nos noms et la date sur la rambarde en bois et Kirya, après réflexion, a tatoué un peu plus à droite « NORMALNO ! » (Tout est normal !). Mais c'est une autre histoire =) Nous nous sommes regardés et avons compris : nous reviendrons tous, c'est certain. TOUS !





