Qu'ont vu des millions d'immigrants, depuis 1886, en entrant en Amérique ? Elle, lui... Et nous avons vu la statue et la ville avec leurs yeux.
La sensation magnifique de s'approcher d'un être vivant gigantesque a chassé le sommeil et a forcé tous les membres de l'équipage à sortir pour regarder cela. Une ville qui, en des centaines d'années d'existence, s'est transformée en un écheveau d'événements historiques, de destins de grands et de petits, de morts et de naissances...
On ne peut pas l'appeler grand-père, c'est précisément un vieillard. L'appeler grand-père reviendrait à en faire un brave homme qui berce affectueusement ses petits-enfants dans ses mains douces. Il est à la fois le grand-père Mazai, qui sauve, et Gerasim, qui tue...
Son front haut est couvert par les rides de la mémoire. D'innombrables sillons de l'histoire ont convergé vers ce front depuis toute la terre et, en se heurtant, se sont tellement emmêlés que beaucoup de choses ne sont plus visibles, et beaucoup de ce qui est visible ne peut être déchiffré. Les rides coulent vers les joues, recouvrent les yeux d'un filet fin, tombent sur le menton et s'y brisent, tandis que leurs éclaboussures touchent les lèvres.
Et les lèvres, d'un côté, sont mordues de manière totalement impitoyable. Une certaine énergie, concentrée à l'intérieur du corps flasque, éclate de temps en temps et force à faire, faire, faire... Au moment de la création, il n'y a pas de sensation de douleur, pas de conscience de ses propres actions... Et une goutte de sang cherche son chemin parmi les explosions de rides, et derrière elle une autre et encore une autre. De l'autre côté, une lèvre soignée, maquillée, tendre et parfumée. On ne dirait jamais que c'est la lèvre d'un vieillard... Un mince filet de jus de plaisir et de délice s'en écoule. L'arôme des lèvres vous attire, vous propose de goûter ce qui se cache derrière elles...
Les vêtements de ce vieillard sont une mosaïque de morceaux de costumes nationaux de tous les pays du monde.
Ne pas regarder NY, ne pas faire partie de cette vie, ne pas ressentir la force, la grandeur et la beauté de cette ville, cela signifie ne pas regarder l'Amérique dans les yeux...





